Chaque année, les Français avancent ou reculent leur montre d’une heure, un rituel bien ancré depuis des décennies. Mais cette habitude, qui concerne encore une grande partie de l’Europe, est de plus en plus remise en question. Retour sur les origines, les impacts et l’avenir du changement d’heure en France.
Prochain changement d’heure : quand ?
Le prochain changement d’heure en France aura lieu dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026.
À 2h du matin, il faudra avancer l’horloge d’une heure : il sera 3h. Cela marque le passage à l’heure d’été.
A savoir : l’heure d’hiver est l’heure légale normale en France (UTC+1). L’heure d’été (UTC+2) est une adaptation temporaire, appliquée uniquement entre fin mars et fin octobre.
Le prochain changement qui aura ensuite lieu pour le passage à l’heure d’hiver 2026 entre le samedi 24 octobre au dimanche 25 octobre 2026.

Pourquoi change-t-on d’heure ?
Le changement d’heure a été instauré en France en 1976, à la suite du choc pétrolier de 1973. L’objectif principal était d’économiser de l’énergie, en profitant davantage de la lumière naturelle en soirée.
Le principe est simple :
- Dernier dimanche de mars : on avance les horloges d’une heure (passage à l’heure d’été).
- Dernier dimanche d’octobre : on recule d’une heure (retour à l’heure d’hiver).
Ce système permettrait, en théorie, de réduire l’éclairage artificiel et donc la consommation d’électricité.
En réalité, l’idée de modifier l’heure en fonction du cycle solaire remonte à Benjamin Franklin en 1784, qui suggérait d’adapter les habitudes de vie à la lumière du jour pour économiser les bougies.
Le changement d’heure apparaît réellement pour la première fois en Allemagne en 1916, puis au Royaume-Uni et en France, où l’heure d’été est instaurée en 1917. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France connaît un régime complexe avec deux fuseaux horaires, dont « l’heure allemande » dans la zone occupée. Après la guerre, plusieurs ajustements sont faits, jusqu’à la décision définitive de réintroduire l’heure d’été en 1976.
Est-ce le dernier changement d’heure ?
La question revient chaque année : ce changement d’heure sera-t-il le dernier ? La réponse, pour 2026, est non.
Même si la suppression du changement d’heure a été envisagée au niveau européen, aucune décision définitive n’a encore été prise. Le processus a été lancé par la Commission européenne en 2018, mais aucun consensus n’a été trouvé entre les États membres sur le fuseau horaire à adopter définitivement (heure d’été ou heure d’hiver).
En conséquence, le système actuel reste en vigueur, et le prochain changement d’heure aura bien lieu en octobre 2026, pour repasser à l’heure d’hiver.
Tant qu’aucune réforme n’est actée au niveau européen, les pays membres (dont la France) doivent continuer d’appliquer les deux changements d’heure annuels.
Qu’en est-il dans les autres pays ?
Le changement d’heure n’est pas une spécificité française. Il est encore appliqué dans tous les pays de l’Union européenne, bien que la volonté d’y mettre fin ait été largement exprimée. Toutefois, certains pays européens ont montré plus de réticence à trancher entre l’heure d’été ou l’heure d’hiver permanente, ce qui a bloqué l’harmonisation.
Des pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne ou encore la Belgique suivent le même calendrier de changement d’heure.
Pays européens francophones qui changent encore d’heure :
La Belgique, le Luxembourg, la Suisse et la Principauté de Monaco appliquent le même calendrier de changement d’heure que la France, conformément aux règles en vigueur dans la majeure partie de l’Europe. Ces pays passent à l’heure d’été le dernier dimanche de mars et reviennent à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre, en reculant d’une heure à 3h du matin pour revenir à 2h. Bien que la Suisse ne fasse pas partie de l’Union européenne, elle aligne ses changements d’heure sur ceux de ses voisins européens pour des raisons pratiques et économiques, notamment pour éviter toute désynchronisation dans les transports et les échanges commerciaux.
D’autres pays européens :
En Europe, le changement d’heure reste la norme dans la majorité des pays, y compris pour l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore le Portugal. Tous ces pays passent à l’heure d’été le dernier dimanche de mars et reviennent à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre, comme la France. Le Royaume-Uni, bien qu’il ne fasse plus partie de l’Union européenne, conserve cette pratique avec son propre fuseau horaire (passage entre GMT et BST – British Summer Time). L’Allemagne, moteur historique du changement d’heure en Europe, continue d’appliquer ce système, tout comme les Pays-Bas et le Portugal, malgré des interrogations croissantes sur son efficacité énergétique et ses effets sur la santé. Comme pour la France, aucun de ces pays n’a encore pris la décision unilatérale d’abandonner définitivement les deux changements d’heure annuels, faute d’accord européen harmonisé.
Quelques pays européens non membres de l’UE ont abandonné le changement d’heure :
- Islande : ne change pas d’heure, reste à UTC toute l’année
- Russie : a supprimé le changement d’heure en 2014
- Turquie : reste en heure d’été permanente depuis 2016
- Biélorussie : reste à l’heure d’hiver toute l’année
Et dans le reste du monde ?
En dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, la grande majorité des pays dans le monde ne pratiquent pas le changement d’heure. C’est notamment le cas de nombreux pays d’Asie (comme le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud) qui restent toute l’année sur le même fuseau horaire. De même, la quasi-totalité des pays d’Afrique n’ont jamais adopté l’heure d’été, en raison de leur proximité avec l’équateur, où les variations de luminosité au fil des saisons sont très faibles.
Le Canada pratique encore largement le changement d’heure, mais de manière non uniforme selon les provinces et territoires. Dans la majorité du pays, y compris le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique ou encore l’Alberta, on applique le changement d’heure deux fois par an :
- passage à l’heure d’été le deuxième dimanche de mars (les horloges avancent d’une heure),
- retour à l’heure normale le premier dimanche de novembre (les horloges reculent d’une heure).
Ainsi, le changement d’heure d’été en 2026 au Québec se fera du 7 au 8 mars 2026.
Dans la plupart des Départements et Territoires d’Outre-mer (DOM-TOM) français (comme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion ou la Polynésie française), le changement d’heure n’est pas appliqué. Ces territoires situés près de l’équateur ou dans des zones tropicales bénéficient d’une lumière naturelle stable tout au long de l’année, ce qui rend inutile le passage à l’heure d’été ou d’hiver. Ainsi, les horloges restent fixes toute l’année, sans avancer ni reculer.
Fait-on vraiment des économies d’électricité ?
À l’origine, le changement d’heure visait à réaliser des économies d’éclairage, en décalant les heures d’activité vers des plages plus lumineuses. Mais aujourd’hui, les gains sont devenus très faibles, notamment grâce à la généralisation des ampoules LED, beaucoup plus économes, et l’évolution des modes de vie avec la consommation croissante de chauffage, climatisation et appareils électroniques, qui eux ne dépendent pas directement de la lumière naturelle.
Selon des études menées par l’ADEME (Agence de la transition écologique), le changement d’heure permettrait à peine 0,1 à 0,3 % d’économie d’énergie sur la consommation totale d’électricité d’un pays. Un chiffre jugé insignifiant face aux perturbations engendrées.
Quel impact sur la production solaire ?
Production solaire
Le changement d’heure n’influence pas directement la production d’énergie solaire. En effet, les panneaux solaires produisent en fonction de l’ensoleillement réel, indépendamment de l’heure affichée sur l’horloge.
Cependant, l’adéquation entre la production solaire et la demande électrique peut varier selon l’heure légale. Par exemple, avec l’heure d’été, la production solaire correspond mieux à la consommation en fin de matinée et en début d’après-midi, mais moins bien aux pics de consommation du matin. Le changement d’heure n’optimise donc pas significativement l’exploitation du solaire, qui dépend surtout des saisons et des habitudes de consommation.
Et le rôle des batteries dans tout ça ?
L’utilisation de batteries de stockage permet justement de lisser ces décalages entre production solaire et consommation réelle. Grâce aux batteries, l’électricité produite en journée peut être stockée pour une utilisation le soir ou le matin, lorsque les panneaux ne produisent plus, mais que la demande reste forte. Cela réduit la dépendance au réseau électrique, surtout en heure de pointe, et rend le changement d’heure quasiment insignifiant du point de vue de l’efficacité énergétique dans les foyers bien équipés. Le développement des solutions de stockage est donc un levier essentiel pour améliorer l’intégration du solaire, quelle que soit l’heure légale en vigueur.


Quels impacts sur la vie quotidienne ?
Si le changement d’heure peut sembler anodin, ses conséquences sont bien réelles :
- Santé : De nombreux experts pointent un dérèglement du rythme biologique, notamment lors du passage à l’heure d’été. Fatigue, troubles du sommeil, irritabilité… Ces effets sont plus marqués chez les enfants et les personnes âgées.
- Transport et technologies : Le changement d’heure nécessite des ajustements dans les systèmes informatiques, les transports publics ou encore la programmation des appareils.
- Incompréhension persistante : Malgré des années de pratique, une partie de la population reste confuse à chaque passage d’heure, se demandant s’il faut avancer ou reculer sa montre.
Au-delà de ces aspects, le changement d’heure a aussi un impact social : les soirées plus longues en été favorisent les loisirs et la convivialité, ce qui est apprécié par beaucoup. Le changement d’heure influence aussi l’économie. D’un côté, les soirées prolongées à l’heure d’été peuvent stimuler la consommation, notamment dans le secteur du tourisme et des loisirs.
Heure automatique : la plupart des smartphones, ordinateurs, GPS et box TV effectuent le changement automatiquement. Il reste toutefois nécessaire d’ajuster manuellement certains appareils comme les fours, réveils, montres classiques ou chauffages programmables.
Vers une fin du changement d’heure ?
En 2018, la Commission européenne a proposé la fin du changement d’heure, après une consultation publique où 84 % des Européens se sont prononcés pour son abolition. En France, une consultation nationale menée en 2019 a révélé que 84 % des répondants souhaitaient y mettre fin, avec une préférence pour l’heure d’été.
Cependant, les États membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’accorder sur une mise en œuvre harmonisée. Résultat : le changement d’heure est toujours en vigueur, en attente d’une décision collective.

